Fiche de lecture : Hans Jonas - Le principe responsabilité
Le Principe responsabilité - Hans Jonas
Hans Jonas est un philosophe allemand du 20e siècle, majoritairement connu pour ses réflexions avant gardistes sur l’écologie et la technique. L’ouvrage majeur de ce philosophe parait en 1979 et s’intitule Le principe responsabilité sous titré Une éthique pour la civilisation technologique. Dans cet ouvrage, il propose face à l’accélération de la technique qui risque de menacer la vie de la biosphère et des générations futures, une nouvelle éthique ayant pour principe la responsabilité et la régulation. Jonas tente d’alarmer ses contemporains sur les conséquences dévastatrices de la technique et le danger issu de notre intelligence prométhéenne. Cet ouvrage a subit un accueil ambivalent, il a été autant saluée comme révolutionnaire et essentiel (réference aujourd’hui pour le mouvement écologiste allemand) que critiqué comme technophobe et alarmiste.
Si la techné à longtemps été vue comme porteuse de progrès, de Bien, de grandeur, et que l’homme a été si longtemps érigé comme « maitre et possesseur » de la nature, il semblerait que ce pouvoir se soit transformé en menace contre l’humanité elle-même. L’intervention de l’homme sur la nature par la technique l’a mise dans un état de vulnérabilité sans précédent, ce qui était jadis promesse de progrès et devenu menace de destruction. La nature de l’agir humain s’est modifié et porte sur la biosphère et l’humanité entière, nous devons être responsables parce que nous pouvons agir sur elles. Face à ces modifications sans précédent, l’éthique doit réfléchir à la nature comme objet de la responsabilité humaine. Pour le philosophe allemand, les morales traditionnelles qu’elles soient aristotéliciennes ou kantiennes sont inefficaces lorsqu’elles concernent l’agir politique. Ces anciennes éthiques s’occupent de l’agir de l’acteur individuel sur le présent et sont centrées sur l’homme tandis qu’à travers le principe responsabilité Jonas propose une éthique dont l’agir collectif porte sur l’avenir ayant pour objet l’humanité entière et la nature. « Notre thèse est que les nouveaux types et les nouvelles dimensions de l’agir réclament une éthique de la prévision et de la responsabilité qui leur soit commensurable et qui est aussi nouvelle que le sont les éventualités auxquelles elle a affaire. » (p 51), dans un siècle où la technique est si avancée nous avons besoin d’une nouvelle éthique, de nouvelles lignes de conduite: plus la technique se développe, plus notre responsabilité augmente.
Le principe responsabilité est un manifeste pour un agir collectif responsable. Nous ne sommes pas seulement responsable de nos actes passés et présents, la responsabilité doit aussi porter sur l’avenir. Le progrès technique nous échappe et peut se retourner contre nous. Face au pouvoir et aux possibilités infinies que propose la technique nous ne devons pas tout réaliser mais instaurer des limites, la liberté s’accompagne de responsabilité, la peur de la destruction doit guider notre agir. Jonas propose alors de faire entrer la technique dans la sphère éthique face à la nature et à l’humanité devenues vulnérables. Parce que notre pouvoir de destruction sur la nature et sur l’humanité est sans précédent (bombe atomique, pollution, réchauffement climatique…) nous devons nous inquiéter des conséquences de nos actions plus que jamais. Nous devons être prudent face au « cadeau » de la technique qui peut se révéler empoisonné (danger du transhumanisme, d’un rôle démiurgique, de l’immortalité…).
Selon Jonas, qu'est-ce qu'une bonne personne ?
La bonne personne chez Hans Jonas est celle qui prend en compte les conséquences de ses actions sur le présent et le futur. Elle a conscience qu’avec le développement effréné de la technique elle doit veiller à éviter une autodestruction de l’humanité et de la biosphère. La bonne personne est donc elle qui a un statut protecteur, elle protège ce qui n’est pas encore (c’est-à-dire ce qui n’est pas encore né: les générations futures), et ce qui n’a pas de voix (la biosphère elle-même), elle est celle qui écoute l’«appel muet qu’on préserve son intégrité semble émaner de la plénitude du monde de la vie, là où elle est menacée. » (p35). Elle est celle qui à conscience de sa responsabilité: « La responsabilité est la sollicitude, reconnue comme un devoir, d’un autre être qui, lorsque sa vulnérabilité est menacée, devient un ‘se faire du souci’ » (p421). La bonne personne se tourne vers l’autre de façon presque parentale, pour illustrer cela Jonas a souvent recours à l’analogie avec la maternité: le parent est en charge de l’enfant qui ne peut pas subvenir a ses besoins, elle doit s’en occuper, veiller sur lui, il ne peut pas ignorer sa responsabilité et laisser mourir l’enfant, la bonne personne est celle qui prend en charge la biosphère et les générations a venir comme objet de sa responsabilité puisque ces derniers ne peuvent pas (ou pas encore) se défendre. Cette idée de protection quasi-parentale dans la responsabilité s’accompagne de sentiments similaires comme la peur pour l’autre et le respect de la vie humaine par opposition avec l’égoïsme. Ce soin de l’autre n’est pas sans rappeler l’idée aristotélicienne de cultiver ses vertus, dans l’éthique de Hans Jonas, les qualités à développer afin d’être une bonne personne sont avant tout celles de la prudence, de l’humilité, de l’écoute et de la responsabilité (que l’on pourrait situer entre deux excès: la négligence et la sur-protection).
Cette bonne personne a un statut particulier dans la thèse de l’auteur, elle ne représente pas l’individu et la conduite individuel mais l’acteur collectif et l’acte collectif, elle relève du politique comme l’auteur l’affirme au premier chapitre : « L’homme est maintenant de plus en plus le producteur de ce qu’il a produit et le faiseur de ce qu’il sait faire, et plus encore le préparateur de ce qu’il sera bientôt capable de faire. Mais « lui », qui est-il ? Non pas vous ou moi: c’est l’acteur collectif et l’acte collectif, non l’acteur individuel et l’acte individuel qui jouent ici un rôle; et c’est l’avenir indéterminé, bien plus que l’espace contemporain de l’action, qui fournit l’horizon pertinent de responsabilité.» (p37). L’acteur collectif comme bonne personne est celui qui ne vise pas à instrumentaliser la nature à des fins égoïstes et déraisonnables, il vise a la protection et perduration des générations futures, il possède un nouveau type d’humilité exigée par la grandeur de notre pouvoir concernant l’action, notre capacité à prévoir et notre pouvoir d’évaluer, de juger. En résumé, la bonne personne est celle qui affirme la préférence de l’être sur le non-être, elle met la vie comme préférable au néant, protège la vie d’autrui, croit en un droit des générations futures tout en prenant conscience de l’existence de devoirs envers elles.
Comment une bonne personne agit-elle?
En réference à l’impératif catégorique kantien « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » (fondement de la métaphysique des moeurs 1785), Hans Jonas développe une version de l’impératif catégorique conforme au principe de responsabilité « Agis de telle façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une [vie humaine]. »(p. 30). L’acteur collectif doit ériger ce principe comme maxime de son action tout en veillant également à la protection de la biosphère (son bon état étant une condition nécessaire à l’existence des générations futures). Malgré la réference kantienne, l’action de la bonne personne n’est pas dirigée par un ensemble de règles préétablies, la technique étant en perpétuelle évolution, cette éthique est en quelque sorte éthique du mouvement dont seul l’impératif catégorique est figé. Plus le temps passe, plus la technique se développe et plus la responsabilité augmente, la sphère de l’agir est voué au changement, chaque cas est singulier et nécessite réflexion contrairement à la rigidité de la morale kantienne où il n’existe aucun cas où l’on puisse mentir, se suicider etc…
Le bon acteur collectif évalue les risques de l’action afin de ne pas mettre en danger l’avenir des générations futures et la biosphère: « Le nouveau principe implique une nouvelle cohérence, non celle de l’acte en accord avec lui-même, mais celle de ses effets ultimes en accord avec la survie de l’activité humaine dans l’avenir. » (P41).
L’acteur collectif ne doit prendre soin le plus possible de l’objet de sa responsabilité car comme le remarque Jonas: « Un héritage dégradé dégradera en même temps les héritiers » (p424). Cela ne signifie pas abandonner totalement la technè mais y mettre des limites, un garde fou. On doit avoir peur, cette peur doit être un motif de recherche, de connaissance, c’est une « heuristique de la peur ». Parce que les enjeux sont nouveaux et que nous ne connaissons pas les risques (qui peuvent être dévastateurs) nous avons un devoir moral d’information et de vigilance. La liberté nécessite de limiter notre agir, nous devons tracer les contours de l’action, plus la peur est grande plus les contours sont définis.
La bonne personne ne peut pas parier ce qui n’est pas à elle, si elle a un devoir de protection des prochaines générations elle n’a pas le droit d’empêcher leur existence. L’image du pari surgit à de nombreux moments: le pari est raisonnable lorsque l’on joue ce que l’on peut perdre et ce qui nous appartient, nous ne pouvons donc pas parier sur le sacrifice la vie des générations futures, le risque de perte (destruction de la nature et/ou de l’humanité) est bien trop important. Nul gain n’en vaut le coup, ce serait irresponsable. L’acteur collectif « doit assumer le « oui » dans son vouloir et imposer à son pouvoir le « non » opposé au non-être. » (p163) il y’a un « devoir du meilleur chemin », la prise de conscience de la menace et du danger doit nous pousser à choisir l’être sur le non-être.
Le moteur de l’action est la peur du mal, une « heuristique de la peur » qui fait de la peur un objet de connaissance, une boussole nous indiquant le mal à éviter. La peur pour l’autre (et non la peur de l’autre) est une vertu chez Jonas, elle ne nous laisse pas fatalistes ou indifférents, elle est le moteur de l’action: parce que nous avons peur pour les générations futures nous devons les protéger. Nous avons le devoir d’essayer de mesurer les répercutions de nos actions sur elles, nous rendre responsable et ne pas agir lorsque les conséquences ne sont pas mesurables. On doit protéger l’essence de l’homme par la « prévision d’une déformation de l’homme qui nous procure le concept d’homme », ce que pourrait devenir l’homme doit nous faire peur et nous dire qu’elles lignes de conduite nous devons absolument éviter.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Jonas ne donne pas beaucoup d’exemples concrets sur la manière d’agir dans cet ouvrage mais parmi eux on peut relever : la nécessité d’un processus de désindustrialisation, l’urgence de renoncer à une partie de notre bien être actuel afin que l’espèce humaine puisse perdurer, ralentir le rythme des naissances, ralentir la production, ne pas s’attribuer de caractère démiurge (immortalité, clonage…), et veiller à la création d’une cellule politique défendant les droits des responsabilités futures.
Qu’est-ce que le bien selon Jonas?
Selon Jonas il est plus facile de reconnaitre le mal que le bien. Le bien peut passer inaperçu tandis que le mal est flagrant: « la simple présence du mal nous l’impose alors que le bien peut être là sans se faire remarquer et peut rester inconnu en l’absence de réflexion » (p63). Par conséquent Jonas a une définition négative du bien « nous savons beaucoup plus tôt ce que nous ne voulons pas que ce que nous voulons. C’est pourquoi la philosophie morale doit consulter nos craintes préalablement à nos désirs, afin de déterminer ce qui nous tient réellement à coeur ( …) », le bien est caractérisé comme l’évitement du mal, le mal nous guide dans la quête du bien: «Il faut davantage prêter l’oreille à la prophétie de malheur qu’a la prophétie de bonheur. »(P73). La peur de ce qui pourrait advenir doit nous guider dans nos choix vers le bonum, c’est un guide bien plus sûr que la recherche du bien de façon directe qui peut s’avérer dangereuse mais aussi être sujette à discorde. L’idée du malum permet un accord des raisons bien plus efficace et bien plus concret: « Par rapport au mal nous ne sommes pas dans l'incertitude; la certitude par rapport au bien nous ne l'obtenons en règle générale que par le détour de celui-ci. »(P66). L’espérance du meilleur est remplacée par la peur du pire parce que le pire peut devenir absolu, tandis que « le meilleur » n’est que relatif, l’anticipation de la menace sert de guide, par un détour imaginatif du mal on peut l’éviter et donc aller vers un bien, la fiction, l’imagination et l’anticipation guident l’agir (« Le pronostic suffisamment plausible de malheur qui est plus déterminant que le pronostic de salut peut-être non moins plausible, mais a un niveau essentiellement inférieur. » (p78)).
C’est aussi pour cela que Jonas propose de laisser une place à la science fiction en la valorisant dans le domaine éthique comme indicateur, objet de recherche « L’aspect sérieux de la « science fiction » réside justement dans l’effectuation de telles expériences de pensée bien documentées, dont les résultats plastiques peuvent comporter la fonction heuristique visée ici. » (p71). Le bien visé n’est pas utopique comme il l’affirme à la dernière page de l’ouvrage « Garder cela intact à travers les vicissitudes du temps, et même contre le propre faire de l’homme, ce n’est pas un but utopique, mais bien un but assez peu modeste de la responsabilité pour l’avenir de l’homme » (p424). Cette éthique ne promet pas le bonheur, au contraire elle nécessite de se détourner de notre bonheur actuel égoïste pour prendre en charge l’autre.
Dans un second temps le philosophe allemand s’intéresse au bien non pas au sens de ce qui est bon en soi mais au sens de ce qu’il faut viser, l’objectif en vue à travers cette éthique. Jonas met en avant la préférence de l’être au non-être. L’horreur de l’imagination d’une vie sans hommes, une planète déserte doit nous apeurer. L’objectif est la perduration de l’espèce humaine, « que des hommes vivent » puis qu’ils « vivent bien » (Face à tout cela l'existence de l'homme a toujours la priorité, peu importe qu'il la mérite au vu de ce qui a été fait jusqu'ici, et au vu de sa continuation probable : c'est la possibilité, comportant sa propre exigence, toujours transcendante, qui doit être maintenue ouverte par l’existence. Précisément le maintient de cette possibilité en tant que responsabilité cosmique signifie l’obligation d’exister » p195-6) et cela peu importe s’ils sont bons ou mauvais (« quels types d’hommes, cela doit rester un mystère ».
Cinq citations importantes
«[L’agir technologique] échappera à nos mains, alors que le premier pas relève de notre liberté, nous sommes esclaves du second et de tous ceux qui suivent. » (p75).
La technè a tendance à devenir autonome et à développer ses propres contraintes, elle nous rend esclaves des conséquences de nos actions, une fois le « pas » effectué nous sommes entrainés dans une longue liste d’effets inarrêtables. Croire que nous avons toujours la main mise sur la technique est une chimère, c’est pour cela que nous devons évaluer le plus possible les risques de nos actions, il y’a un devoir de connaissance lié à l’agir. Par exemple vouloir l’immortalité n’est pas forcément un bien, elle peut être une longue vie de malheur, et sans avoir pensé aux conséquences possibles nous nous retrouvons avec des êtres humains malheureux qui ne peuvent même pas recourir au suicide. Ce n’est pas parce que nous pouvons tout faire que nous devons tout faire. Notre grand pouvoir, notre grande liberté implique une grande responsabilité et donc un grand travail de connaissance.
« L’humanité n’a pas le droit au suicide. (…) « Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l’humanité sur terre » ». (P40)
Jonas ne sanctionne pas ici le suicide individuel, il parle du sacrifice de la vie humaine, de l’impossibilité qu’il y ai des générations futures. Nous avons le droit de risquer notre propre vie, le droit au suicide se discute (contrairement à la morale kantienne), ce n’est pas le cas pour le suicide de l’humanité. Nous ne devons pas choisir le non-être, parce que nous avons le pouvoir sur les prochaines générations nous devons faire en sorte qu’elles puissent être. Nous devons prendre en compte le droit à vivre des générations futures et s’abstenir lorsque nos actions présentent une menace pour elles.
« La critique de l’utopie n’est pas seulement celle de sa vision finale. Elle est encore celle de l’affirmation que l’histoire est déterminée en vue de cette fin. Elle attribue donc à la responsabilité ce qu’elle soustrait à la nécessité. » (P419)
Le principe responsabilité n’est en aucun cas une entreprise utopique, Jonas condamne le double danger de l’utopie: justifier des atrocités en son nom (comme on a pu le voir avec les totalitarismes du XX siècles où les goulags et exterminations de masses étaient « excusées » par le projet des dirigeants) et rendre les acteurs passif (se disant que le bien adviendra de toute façon et donc que leur action est inutile). L’éthique de Jonas est une éthique de l’action, le bien visé (la préférence de l’être au non-être) ne s’accomplira pas quoiqu’il arrive, nous devons agir. Rester passif c’est faire preuve de négligence (caractérisée de faute morale par l’auteur). Nous ne devons pas repousser à plus tard l’action en s’aveuglant sur l’urgence de l’action, rester passif c’est assurer l’échec du principe responsabilité, l’urgence de la menace nécessite une action le plus vite possible.
« Dans le cas fameux du dilemme casuistique de la maison qui brûle et dont on peut seulement sauver l’une des deux choses: la madone de la chapelle Sixtine de Raphaël ou un enfant, la décision morale va de soi en faveur de l’enfant (…) » (p198)
Ce que l’auteur met en avant à travers cet exemple c’est l’importance de la possibilité de pouvoir répondre de la conséquence de ses actes. En sauvant l’enfant on peut toujours s’adresser aux amateurs d’art qui ont subit un préjudice en leur expliquant la situation. Le cas contraire n’est pas possible, on ne peut pas répondre à l’enfant, on ne peut pas assumer notre choix face à lui. Parce qu’on ne peut pas assumer notre choix face à l’enfant (« on ne peut pas lui dire tu devras te passer de ta vie ») notre acte est immoral puisqu’il s’oppose à la responsabilité. L’objection que l’enfant deviendra peut-être un danger pour la société n’importe pas (elle n’est pas plus crédible que de dire qu’il deviendra un génie), nous devons sauver l’enfant peu importe le type de vie qu’il mènera plus tard.
« Car n’a de revendications que ce qui élève des revendications-ce qui tout d’abord existe. Toute vie revendique de vivre et peut-être est-ce là un droit qu’il faut respecter. Ce qui n’existe pas n’élève pas de revendications, c’est pourquoi ses droits ne peuvent pas non plus être lésés.»
Ce qui n’a pas de voix a quand même des droits, le droit à vivre est sacré et doit être impérativement respecté, nous devons tout mettre en oeuvre pour permettre à la vie d’exister. Le fait qu’ils puissent est necessaire a dire qu’ils doivent être. Pour le philosophe ce n’est pas parce qu’on n’existe pas encore qu’on a pas de droit a vivre. C’est une responsabilité asymétrique, nous avons un devoir envers la biosphère et les générations futures tandis qu’elle n’ont pas de devoir envers nous.
Trois pistes de réflexion
Contrairement à ce qu’affirme l’auteur, l’éthique de Hans Jonas semble ne pas être la première à prendre en compte les conséquences de l’instant présent sur l’avenir de l’humanité. En effet, la morale kantienne par l’interdiction du suicide et de la masturbation semble déjà prendre en compte une responsabilité envers ce qui n’est pas encore et viser dans une certaine mesure à la perduration de l’espèce humaine. Pour Kant, le suicide et la masturbation ne sont pas universalisables puisqu’à grande échelle ils signeraient la fin de l’humanité: si tout le monde se tue il n’y a plus d’hommes et si tout le monde se masturbe il n’y a plus de naissances. Ce souci envers les conséquences de l’action présente et de ses effets sur la perduration de l’espace humaine (même si c’est sous une autre forme), semble nuancer le caractère inédit de l’éthique proposée par Jonas.
Le principe responsabilité ne serait-il pas anthropocentré ? Selon Jonas il semble pertinent de considérer la biosphère d’un point de vue moral dans le sens où nous avons des responsabilités envers elle. Si nous développons cette idée en prenant compte de la dégradation de la nature intrinsèquement liée avec notre présence sur terre il semblerait que bien agir ne serait non pas viser à la continuité de l’humanité mais à un arrêt des naissances. L’éthique de Jonas semble contenir une dimension paradoxale : d’un coté elle met en avant la possibilité de considérer la biosphère comme objet de responsabilité, et de l’autre elle met au centre la nécessité de l’existence de ceux qui la menacent et la dégradent. Cette éthique semble alors anthropocentrée, la conservation de la biosphère n’est qu’un moyen de permettre aux générations futures d’exister, la biosphère pourrait très bien se passer de nous (elle en vivrait mieux), il y’a d’ailleurs de fortes chances qu’elle nous survive, nous ne pouvons pas en revanche nous passer d’elle.
Enfin, on peut reprocher à Jonas d'appuyer l’agir sur une passion. Ce fondement semble douteux, comment la peur (sentiment pathologique) peut-elle être l’objet d’un apprentissage ? Y’a t-il réellement un savoir de la peur ? Si oui comment espérer qu’il soit le même chez tous ? Comment fait-on pour les alexithymiques ? Leur voix peut-elle compter dans l’acte collectif ? Il semblerait plus souhaitable d’appuyer l’éthique sur la raison que sur un sentiment, plutôt convaincre les hommes d’agir ainsi que de les persuader. Faire reposer l’agir sur le sentiment est également dangereux d’un point de vue politique, on risque l’arbitraire voire le totalitarisme. La peur de l’autre ayant conduit à des catastrophes sans précédent, il semble compliqué d’accorder à Jonas que la peur soit un fondement souhaitable.
C’est super cool comme fiche j’ai eu beaucoup de mal à lire Jonas et là c’est super clair merciii
RépondreSupprimerAvec plaisir, je suis ravie que ça ait pu t'aider :)
SupprimerPourquoi l’article ne parle pas des passages sur le communisme ?
RépondreSupprimerBonjour, c'est une très bonne remarque d'autant plus qu'il y a un gros passage sur le communisme dans l'ouvrage de Jonas.
SupprimerÉtant donné que l'article se concentre sur le principe responsabilité en philosophie politique j'ai décidé de choisir certaines parties de l'oeuvre de façon stratégique pour ne pas trop alourdir l'article. Le communisme est mobilisé comme exemple d’une philosophie orientée vers un futur idéal, qui tend à minimiser les dangers présents, ce que Jonas refuse au nom du principe responsabilité. C’est donc moins le communisme en lui-même que la logique d’un avenir idéalisé au détriment du présent que Jonas entend ici critiquer.
d'accord je comprends mieux alors
Supprimer